Dans l’archipel isolé des îles Feni, au large de la Nouvelle-Irlande, accoucher commence souvent par une marche longue, éprouvante, parfois risquée pour la santé des mères et de leur enfant.

Après deux heures de trajet à pied, Ludvina arrive enfin à la petite clinique de Natong. Enceinte de jumeaux, cette femme d’une trentaine d’années a quitté son village de Waranbana au petit matin. Pourtant, il s’agit du centre de santé le plus proche.

Sa grossesse touche à son terme. À son arrivée, elle est prise en charge par Dorothée Stoupy, sage-femme venue de Nouvelle-Calédonie avec l’association Aidocean, en mission humanitaire ce jour-là dans le village. L’auscultation commence, méthodique. « Avez-vous des maux de tête ? Des maux de ventre ? »

Rien à signaler. Déjà mère de six enfants, Ludvina a le plus souvent accouché sans assistance médicale. Jusqu’à récemment, la clinique de Natong n’existait pas. Les femmes devaient rejoindre l’île voisine pour accoucher dans le dispensaire de Babase. « On devait marcher presque trois heures, puis prendre un bateau. Je préfère être ici. Je suis entre de bonnes mains », confie-t-elle.

La clinique a ouvert il y a quatre mois, sous la houlette de l’infirmière Phoebee Baulo, en réponse à une série de drames : quatre nouveau-nés ont perdu la vie en novembre dernier, faute d’avoir pu être pris en charge à temps. Depuis, les mères sont de plus en plus nombreuses à venir accoucher au village de Natong. Mais la situation est toujours loin d’être idéale. « Nous manquons de tout, explique la soignante. Nous sommes très loin de Namatanai, où se trouve l’hôpital le plus proche, sur la grande terre. La clinique n’a pas d’électricité. Il m’arrive de travailler dans le noir. »

Cet après-midi-là, Phoebee Baulo se rend à l’école du village. En marge des soins médicaux, l’association Aidocean y distribue des lampes solaires fournies par TotalEnergies. Un équipement décisif pour l’infirmière. « C’est très important pour la clinique, d’autant que l’accouchement de Ludvina pourrait avoir lieu cette nuit. »

Pendant que les lampes chargent au soleil, Ludvina commence le travail sur la plage, entourée des femmes de sa famille. La scène déroute autant qu’elle rassure Dorothée Stoupy : « C’est sûr que ce ne sont pas des choses que je peux voir tous les jours, mais je vois que Ludvina fait tranquillement son travail. Elle se sent à l’aise, c’est ce qui compte », assure-t-elle.

L’accouchement survient finalement dans l’après-midi, sans complication. Deux petites filles naissent, prénommées Dorothée et Marion. Un clin d’œil touchant à la sage-femme qui a mis les bébés au monde, et à la journaliste présente à ses côtés.

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